MOONLIGHTS
RPG Science-Fiction / Fantastique. Avatars illustrés. Tous âges et niveaux. Pas de minimum de mots.
2107. Terriens et Lunariens vivent dans la paix, sous le signe du partage et de l’évolution. Grâce à la lumière lunaire et aux sélénites, les humains commencent à développer les mêmes pouvoirs que leurs cousins. Pour la première fois cette année, après un siècle et demi d’histoire complexe entre la Terre et la Lune, le tirage au sort a désigné un Lunarien pour prendre la tête du Conseil de la Fédération Terrienne. La nouvelle est clivante : si certains y voient une belle progression à l’avenir, d’autres redoutent les contestations ou même des luttes de pouvoirs en ces temps troublés. Sous Terre aussi, chez les Endogées, les opposés s’affrontent, entre régression et idéalisme. Alors que chacun essaie d'avoir sa part du gâteau, votre aventure commence ici : qui serez vous ?

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Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.
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Mer 17 Jan - 8:59
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Sujet: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.
 
Il y avait un mot : noirceur. Et pourtant, il voyait. Le bleu étrangement voilé de gris qui remplaçait le vide de ses paupières, alors que la texture se fît floue, l’hypnotisait.
« Ça fait mal, se souvint-il.
- Je sais. »
Les yeux de l’enfant hurlaient et sa détresse lui mordait le cœur.
« Ça fait mal…
- Respire par la bouche. Ce n’est rien de vraiment grave, on va un peu arranger ça.
- Avec des aiguilles et des machines ? Et des couteaux ? Je veux pas ! Je veux pas ! J’ai peur ! Ça va faire encore plus mal ! »
Ses petites mains, accrochées à sa veste, tremblaient tellement.
« Je vais juste utiliser mes mains, d’accord ? Pas d’aiguilles, pas de machines, pas de couteaux. Si tu me fais confiance, ce que je vais faire ne te fera pas mal.
- Non ! Vous mentez !
- Je ne mens pas. Vois-tu, je n’ai jamais été doué pour mentir. »
Et sa peau se faisait rocailleuse, sous cette couche de sang.
« J’ai déjà essayé, avant. Je devais avoir quinze ans. Je n’aimais pas ma coiffure, mais ma mère s’était tant appliquée que je lui avais dit que c’était joli. »
Mais son ton et son sourire, avec la douceur de ses gestes, semblaient éclaircir ses couleurs, noyées sous ses larmes.
« C’était quoi ?
- Deux couettes tressées. »
L’enfant ria faiblement, apportant une vague de soulagement.
« Mon désaccord était cependant tellement tangible que ma mère avait éclaté de rire. »
Puis, saisissant les couleurs positives de son regard, il avait tenté de le guérir – en toute vérité, de le rassurer, de minimiser les dégâts, de les rendre supportables par un enfant de cet âge, malgré la moyenne distance les séparant de l’hôpital.
Les fractures étaient toujours délicates, de la simple fissure à l’os éparpillé entre les épaves d’une chair pourrie. Ses couleurs étaient loin d’être suffisantes pour un travail complet, bien qu’il s’agît de l’arête nasale. Mais la peur de l’enfant s’était légèrement étouffée et il put partir en direction de l’hôpital avec moins de panique, dans les bras chauds de sa mère – après que Zelhayn eût poliment refusé l’offre de cette dernière.
« Vous n’aimez pas être payé ?
- Tu as de rudes questions, pour un enfant. »
L’argent était une autre histoire, quant à elle détestable, pire encore lorsque Zelhayn agissait en-dehors du cadre d’un neurochirurgien. Et cette femme était venue, par option d’urgence, parce que son enfant ne résistait plus à l’angoisse.
« Mais vous en avez besoin.
- Malheureusement, oui. »
Suppliant qu’on les aide, tous les deux. Qu’on les apaise plus qu’on ne les soigne.
Tu sais ce que c’est, petit Wund. Tu l’as vécue, cette souffrance impossible à localiser, que l’on ne calme pas à coups d’antidouleurs. Tu l’as vécue, comme tant d’autres avant et après toi.
Tu sais ce que c’est, alors tu as souffert avec eux.

Noirceur peinte dans le bleu de sa veste. Il comprit ; il avait frôlé les limites qu’il avait oubliées en rencontrant le désespoir paniqué de ces personnes. Il n’avait pu qu’apercevoir sa porte se fermer sur les deux silhouettes, avant de recroiser le visage brouillé de son client particulier et s’effondrer aussi mollement qu’un bébé qui apprend à marcher.
L’élévation de l’instinct au-dessus de la raison était parfois une erreur à proscrire, mais il ne regrettait pas. Parfois, parce que la sélection des cas était subjective.
« Je vais bien, » murmura-t-il tant bien que mal. Sans se demander s’il y avait réellement quelqu’un pour l’écouter. « Je dois juste récupérer. Quelques minutes. Ça ira. » Pour se convaincre lui-même, sans doute. De toute façon, il lui fallait un indicateur afin de mieux mesurer sa fatigue.
Alors les quelques minutes passèrent. Il bougea finalement un bras, puis un deuxième, afin de trouver un appui et se hisser sur son bassin, encore incapable de se lever, tant ses jambes tremblaient. Si son corps se détachait encore, il put toutefois reprendre peu à peu ses esprits et se souvenir de la présence de ce fameux… Sandencre, était-ce ? De ce fameux croate dont Zenon parlait. Son regard autant que son attention s’étaient d’ailleurs posés sur celui-ci.
« Navré, » souffla-t-il d’une voix lasse, presqu’attristée. Même si dans son propre domaine, l’imprévu était à prévoir. « Non que je n’aurais pas dû les aider, mais votre temps doit vous être précieux. »
Zelhayn avait préféré le rencontrer dans ses heures libres, étant donné que l’analyse de ses couleurs débordait du cadre de son métier. Il lui avait proposé de le rejoindre à son lieu de travail, d’où ils partiraient quelque part, en fonction de leurs humeurs sur le moment. Malencontreusement pour eux – tous, autant la mère et son enfant que ces deux étrangers réciproques -, la famille avait débarqué lorsque le chirurgien avait fini d’installer son client dans la salle d’attente, le temps de boucler ses affaires.
A l’aide d’un mur, Zelhayn se remit lentement sur pieds. Tremblant, certes, mais ce n’était que passager. Ses yeux blancs balayèrent rapidement la salle et, dans un faible soupire, un fin sourire germa sur ses lèvres.
« Nous pouvons toujours poursuivre sur ce qui a été prévu – en me permettant d’espérer qu’il vous reste du temps, hum... » Une faible perte de souffle dont il faillit rire l'obligea à s'interrompre. Dans sa nouvelle inspiration, l'air lui sembla lourd et étrangement vivant.

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Dim 18 Fév - 21:44
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Sujet: Re: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.


Armes des non-dit




" Au vu de mes propres compétences, cela nous aiderait à faire grandement avancer ta situation.

Le vieux psychologue, confortablement assis dans son propre fauteuil, croisait ses jambes sur lesquelles reposait une tablette, recueillant ses notes. Son patient réfléchissait à l'offre qui lui était faite : son emploi du temps devait pouvoir la permettre.

- Ma foi, je me rends très régulièrement à Lunaria. Je pourrais prendre quelques heures pour sortir en ville de temps en temps, pourquoi pas pour voir l'un de vos collègues.

S'avançant sur son siège, il arborait un sourire assuré.

- Si vous pensez que j'en ai besoin, d'autant plus. Ce serait avouer que vos compétences ne sont pas irréprochables.

Le vieillard rit à cette pique présomptueuse.

- Ne dis-je donc pas assez qu'elles le sont ? Mais cela ne les fait pas dépasser les limites de la connaissance humaine. La lumière lunaire en a doté certains de qualités innées permettant de franchir ces limites, il serait désobligeant de ne pas profiter de ces dons mis à notre disposition.
Vous vous annoncerez donc à Mr. Xakiel la semaine prochaine au lieu de notre séance, mmh ? Je serais de toute manière absent quelques semaines, malheureusement. Ces séances remplaceront les nôtres en attendant mon retour.


L'heure avançait cependant, le patient ôtait déjà sa veste du porte-manteau avoisinant le bureau du psychologue. L'adresse et le nom du docteur inconnu s'introduisit dans l'une de ses poches.

- Soit un mois environ. Selon les progrès de mon collègue, peut-être continuerez-vous tout de même à le voir.

- Ce sera un bon prétexte pour laisser mon poste quelques heures par semaine. Peut-être faire le tour de la ville - je ne l'ai jamais vraiment fait, comble du sort !

Les deux hommes rirent doucement. L'un rejoignant son bureau, l'autre y jetant un regard avant de franchir l'entrebâillement de la porte.

- Profitez de vos vacances, docteur."

L'interpellé rit tout bas à ces mots. Son patient avait déjà tourné les talons, et s'éloignait tranquillement du petit cabinet.



Les avenues de Lunaria se resserrent en rues et en allées courbes auxquelles Malpertuis ne prête qu'une attention succinte.
Il aurait souhaité profiter du trajet pour observer ce qui constitue son paysage, et peut-être repérer dès son premier passage les lieux d'intérêt auxquels il pourrait rendre une visite plus approfondie ; mais cette idée en tête lui fit ignorer les taxis et transports de ville qui auraient grandement accéléré la promenade à pieds qu'il leur préféra, désormais à son grand dam. Car il est en retard, ou tout du moins clairement pas en avance sur les horaires pourtant tardives qui lui ont été données par le docteur Zelhayn Xakiel, à qui un échange une semaine plus tôt lui a conseillé de rendre visite.
Tant pis pour les discrètes boutiques et poétiques jardins qui tentent d'attirer son attention alors qu'il les dépasse en courant presque, il en profitera au retour. De toute manière, la nuit lunaire n'est guère plus sombre que son jour. Il n'espère cependant plus faire la moindre emplette exotique à l'heure improbable à laquelle il rejoindra le spatioport. Et pas à pieds, de toute manière.

Recherchant les adresses et points de repère qui lui ont été donné par son psychologue, Malpertuis maudit intérieurement le manque de signalisation lunarien - qu'il apprécie habituellement, mais l'heure n'est malheureusement plus à errer et se perdre pour lui. Arriver en retard à un premier rendez-vous, quel qu'il soit, est toujours de mauvais goût.
Un comble s'il en venait à laisser croire que son statut de gentleman était faussé. Tout son business en prendrait un coup !
Alors qu'il décide plutôt de se maudire lui-même pour cette espèce de curiosité pseudo-mélancolique qui l'a envahie alors qu'il dépassait une navette de ville au moins trois quarts d'heure plus tôt, l'agencement des lieux le fait s'arrêter devant le palier de ce qui doit être sa destination. Pas de sonnette et rien de plus qu'un sobre écriteau pour orner la porte que le pilote pousse prestement, débarquant dans un minuscule vestibule dans lequel il manque à la fois de trébucher et de s'écraser sur la porte du fond.

Recouvrant son équilibre, le pilote prend un instant pour observer l'étroit environnement dans lequel il s'est précipité - trois sièges, une table basse décorée d'une plante d'intérieur prenant ses aises sur presque toute la surface de son piédestal, un porte-manteau attaché à un mur ; pas même une armoire, alors ?
Il est rapidement interrompu dans son tour visuel de la pièce alors que la porte menant vers l'énigmatique intérieur s'ouvre, sur un homme à l'âge indéfinissable, et au regard humblement affable - malgré tout saisissant.
Malpertuis n'a pas pris le temps de secouer la poussière des centaines de pas du spatioport de sa veste, ses chaussures et ses cheveux ; ses lunettes sont encore sur son nez proéminent, et derrière elles, il cligne des yeux, cherchant à se placer correctement dans l'étroite et instable organisation des évènements s'enchaînant encore. Par réflexe, il offre cependant un sourire chaleureux à son hôte, et se laisse conduire dans une pièce plus claire et ouverte, où il s'assied sur une chaise classiquement placée face à un bureau, alors que des bruits de pas se laissent entendre derrière la porte qu'il vient de franchir avec son - nouveau médecin. Des pas précipités. Auxquels s'ajoutent quelques sourds appels de détresse.

Le pilote, curieux, se retourne sur la chaise qu'il a poliment empruntée, observant dans la direction que Zelhayn Xakiel - enfin probablement, ou on ne l'a pas prévenu que celui-ci avait un assistant qui l'accueillerait à sa place - emprunte précipitemment. Au-dessus de son épaule, il aperçoit un visage féminin derrière la porte ouverte par le médecin ; et en-dessous de son bras, un petit visage en pleurs et ensanglanté, tremblant de frayeur. Il ne peut qu'offrir des yeux ronds comme des soucoupes devant la scène qu'apporte le Dr. Xakiel dans une autre pièce, qu'il ferme avec un discret regard désolé à son client.

Malpertuis, planté sur sa chaise, n'ose pas se tortiller sur son séant, doutant vaguement du calme semblant s'être momentanément posé sur sa fin de journée.
Des sanglots étouffés d'enfant filtrent avec peine jusqu'à lui, lui servant d'unique accompagnement sonore. Il se détend non sans circonspection, retirant ses lunettes tape-à-l'oeil et les rangeant dans leur boîtier, dans une poche de sa veste qu'il retire, avant de la poser sur ses genoux après une courte hésitation l'ayant amené à conclure que le porte-manteau positionné à moins de trois mètres de lui était trop loin pour s'y rendre. Il embrasse enfin du regard ses alentours, tout en calmant discrètement sa respiration.
Les classeurs et casiers envahis de dossiers sur ports tactiles lui faisant face forment une drôle de tâche menaçante dans une pièce sinon peu ornée, mais soulignant l'architecture lunaire veloutée - dépourvue de ces étranges lignes humaines cherchant à la fois à épouser et effacer l'ergonomie cubique qui a marqué l'histoire terrienne. Dans cet espace cependant, une veste aux couleurs vives semble presque flamboyer, ondoyant les plumes de ses motifs.
Le regard du pilote reste fixé un temps sur la veste presque ostentatoire, alors qu'il se demande si la porter lui siéerait. Il en détourne cependant ses pensées pour passer ses mains dans ses cheveux encore éprouvés par sa marche, puis sa mâchoire - jugeant du peu de qualité de son dernier rasage.
Il frappe avec prudence ses grosses chaussures l'une contre l'autre, rassemblant les poussières trop éparpillées sous ses pieds ; puis prend deux longues inspirations, redresse sa colone vertébrale et ses épaules, bombe sans exagération son torse.
Les pleurs se sont tus, et le docteur Xakiel raccompagne la mère réconfortée et son fils à la porte. Mais lorsqu'il revient s'asseoir devant son client et patient, il soupire, et s'y effondre lentement. Telle une poupée aux fils lâches.

"Je dois juste récupérer. Quelques minutes."

De sa franche assurance, Malpertuis ne sait plus que faire.

"Ça ira."

Les fils abandonnent leur structure, Zelhayn Xakiel s'immobilise sur son étroit fauteuil, le visage légèrement de travers, les mains asymétriques, les tibias de biais, les yeux clos. Son client s'avance après un instant sur ses coudes, étouffant une affable inquiétude d'une confiante sérénité.
Quelles qu'en soient les raisons, Zelhayn semble vouloir gérer sa fatigue. Ce n'est pas à un inconnu de l'en empêcher.

Malpertuis attend simplement que son médecin récupère, avant de lui adresser un regard amical lorsque celui-ci connecte finalement avec son interlocuteur.

" Cela me fait plaisir de perdre un peu de temps pour quelqu'un d'aussi prévenant, au contraire.

Il offre un sourire.

- J'en ai tant qu'il le faut à passer avec vous, docteur Xakiel. À vous de juger de celui qu'il nous faudra !"



Dernière édition par Malpertuis le Sam 31 Mar - 11:02, édité 1 fois
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Mer 7 Mar - 18:31
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Sujet: Re: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.
 
« Cela me fait plaisir de perdre un peu de temps pour quelqu'un d'aussi prévenant, au contraire. »
Son patient semblait bien enthousiaste, mais il manquait quelque chose dans ses paroles. Ou peut-être était-ce à Zelhayn qu’il manquait de vraisemblance. La fatigue lui arrachait facilement les sens.
En stase dans ses pensées, le neurochirurgien se contenta de contempler le vide, tout en regardant l’homme face à lui. Il voyait son visage, ses traits, son sourire, et devenait aveugle à toute tentative d’approche logique.
« J'en ai tant qu'il le faut à passer avec vous, docteur Xakiel. À vous de juger de celui qu'il nous faudra ! »
Alors Zelhayn lui souriait tout bêtement en retour ; bêtement et avec une profonde sincérité, parce qu’il ne comprenait pas encore toute raison qui lui permettrait de se faufiler derrière un voile.
Qu’y avait-il à cacher, en face d’un miroir ? Sa fatigue rendait son patient semblable. Elle leur donnait un point commun beaucoup plus noué qu’une simple passion : ils n’étaient tous-deux que deux coquilles vides, deux carapaces modelées par la nature, la peau ciselée de cannelures invisibles qu’implante profondément chaque année. Deux abris déserts qui ne trouvaient pas ce qu’il fallait protéger de l’averse, loin de là à cause de son inexistence, mais de son absence.
Oui, il manquait bel et bien quelque chose d’indéfinissable, d’incernable à moins de n’en apercevoir les courbes ; plus que vide, son regard portait la cicatrice d’une veine arrachée, depuis lors enterrée dans l’oubli.
Quelques secondes passèrent toutefois, affirmant l’apparente illusion en tant que fait. Son regard était vide, malgré la visible amabilité dont il fit preuve, et ce qui amusait Zelhayn de par son manque d’agencement le fit cette fois peur de par sa vérité. Pourquoi ne voyait-il réellement rien d’autre que le corps imposant qui occupait le fauteuil destiné au patient ?
Il douta encore, se redressant sur son fauteuil d’un appui sur ses accoudoirs, et resta perplexe et incrédule dans le vain espoir de voir ses yeux se colorer. Papillonnant quelques fois de ses longs cils. Lorsqu’il réalisa que ce vide n’était aucunement lié à sa fatigue, son sourire disparut, ses traits s’assombrirent, ses propres yeux s’humidifièrent suffisamment pour rougir.
Affreuse apparence que revêtaient ses iris blancs, lorsque le blanc qui les entourait prenait en contraste. Emu, Zelhayn adoptait presque le visage d’un monstre.
Il avait trouvé quelqu’un qui lui ressemblait autrement, et davantage, que dans sa mort, et il s’en trouva trop désorienté, trop déstabilisé pour savoir que faire. Il se demanda s’il ferait bien de lui dire que sa venue s’avérait inutile ou qu’il présentait une sorte d’anomalie, ou s’il ferait mieux d’écouter pour la première fois son cœur - qu’il avait bâillonné trop longtemps - et lui confier qu’il venait de trouver un frère. L’âge pesant sur ses épaules – ou n’était-ce qu’un prétexte qui détournait son anesthésie émotionnelle - empêcha cependant quelque larme de couler.
Son rythme cardiaque ne fit qu’accélérer, jusqu’à résonner faiblement dans ses tempes. L’hésitation lui créa un léger stress. D’apparence, il sut pourtant maîtriser ses tremblements et sa respiration.
« Vous paraissez libre, » parvint-il à souffler, les lèvres ornées d’un sourire amèrement teinté d’ironie. Parler, même si peu, l’aida à retrouver un semblant de sang-froid. « Il m’est bien rare de rencontrer des personnes capables de projeter cette image. »
Reprends-toi, petit Wund. Ses doigts fins adressèrent une faible pression sur son arête nasale tandis que son corps revint s’affaisser dans le creux de son dossier. Zelhayn ferma les yeux quelques temps et ne les rouvrit qu’une fois les picotements de l’humidité disparus.
Au total, seulement trois minutes s’étaient écoulées, alors qu’il pensait avoir traversé des siècles en rembobinage.
« Passons. Je suis ravi de vous accueillir, » entonna-t-il avec un sourire meilleur, bien que loin d’être parfait. Lentement, il prit convenablement place, ajusta son siège, croisa les jambes, mêla ses doigts sur la table qui les séparait en laissant la fatigue couler le long de ses membres jusqu’à s’égoutter. « Mais je préfèrerais tout de même user de votre temps à bon escient. Et de ce que je constate, il nous en faudra soit très peu, soit beaucoup plus que prévu. Cela dépendra de vous. » Le neurochirurgien inclina la tête d’un très faible degré. Il lui fit don du loisir de se questionner sur la suite du problème, en se demandant lui-même s’il pouvait poursuivre l’énoncé, le cœur à la fois lourd et partagé. « Dans tous les cas, j’estime capital que vous soyez à l’aise, alors n’hésitez pas à faire le nécessaire et à me faire signe s’il me faut mieux m’adapter, reprit-il, la voix encore asthénique. En me donnant, par exemple, une nomination qui vous est adéquate. Ou en sortant de ce cadre, ma foi, peu souvent rassurant, » ajouta-t-il en désignant discrètement du regard la pièce où tous-deux se serraient. S’il n’avait jusque-là retiré aucun papier, c’était pour appuyer ses dires – et, quelque part, conserver la connexion établie avec ce regard qui l’intriguait tant.
A son professionnalisme se confrontaient ses ressentis. Derrière son air cette fois assuré se cachait une détresse naissante et il espérait, profondément, qu’elle n’eût pas atteint son patient.
Zenon s’attendait sans aucun doute à ce qu’une anormalité fît surface. Que le scientifique eût choisi Zelhayn dans l’incapacité de prédire exactement laquelle n’aurait étonné personne.
« Je tiens également à relever, et à le rappeler si vous en êtes déjà conscient, que tout ce qu’il me sera dit restera entre vous et moi, par défaut. Ce qui sous-entend cependant que je me permettrai d’en transmettre quoi que ce soit à mon cher collègue (son sourire s’étira un peu plus à ce mot) uniquement si je considère cela nécessaire. Avec votre accord, évidemment. »
Zelhayn parvint toutefois à s’interdire toute initiative sur un coup de tête, bien que s’abstenir le déchirât intérieurement. Réflexion venait avec paroles. Sagesse venait avec patience. Cela faisait cinq siècles qu’il errait ici-bas, à diffuser des cris, des appels que lui-même n’entendait pas ; que pèseraient quelques heures supplémentaires ?
« Mh… Ah. Vous avez ma confiance, aussi. Nous n’irons nulle part, autrement. »
Cet humain savait-il seulement qu’il était incomplet ? Nourrissait-il des doutes, caressait-il des bribes de ce qu’il possédait ? A moins que cette absence n’en fût pas une, qu’il existait un système beaucoup plus complexe : un blocage involontaire ? Ou, au contraire, enfouissait-il ses émotions de lui-même ?
« Sur ce, venons-en aux faits. J’attends de vous que vous m’expliquiez aussi précisément et souvent que possible vos... ressentis - c'est à vous d'interpréter ce mot comme bon vous semble. Que cela touche un sujet que nous abordons, un évènement qui vous a marqué, le temps présent que je monopoliserai jusqu’à ce que je me taise, et j’en-passe. Je prendrai tout comme une vérité. Et nous pouvons commencer par ces simples mots : … » Le souffle court, le cœur battant, les prunelles pleines d’intérêts, frémissant encore du passage de sa fatigue, oppressé par l’excitation et la crainte de la découverte. C’était presque insupportable, un bousculement de la monotonie de ses jours - sur laquelle venait d’être déversé un seau de couleurs affriolantes. Et il y avait peut-être un moyen de mêler son devoir à cette violence intérieure. « … Vous êtes une coquille vide. »
Alors, Zelhayn se tut, immobile. Il le scrutait sans efforts, curieux, en attendant toute réaction.

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Sam 31 Mar - 21:02
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Sujet: Re: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.


Armes des non-dit





Malpertuis conserve une droiture professionnelle, tandis que son nouveau médecin récupère de ses émotions ; profitant de ce laps de temps pour - non ; son esprit profitant de cet instant, sans prévenir, s'offrant un biais indiscernable.
Ne devrait-il pas typiquement se faire appeler, s'appeler lui-même Laza, en ces lieux ?
Que va chercher le Dr. Xakiel en lui, précisément ? Le pilote suppose que Zenon, son propre psychologue, a au moins ébauché le sujet qu'il est à son collègue ; mais lui ne sait pas exactement ce qu'il doit faire parvenir. Le Dr. Vasz est un homme faisant habituellement preuve de prévoyance, et il vient à l'esprit de son client que tout comme les moyens pour y accéder, il devra sans doute échanger sur des sujets qui lui sont inhabituels.
Et peut-être inconnus. Quelle idée de ne pas se renseigner plus avant sur Zelhayn Xakiel... Son don a probablement quelque chose à voir avec le subconscient ; c'est après tout la raison pour laquelle il consulte.
Ou, si justement la tâche du neurologue lui faisant face était toute autre ?
Malpertuis en vient à la conclusion qu'il ferait mieux de se considérer comme Laza Sandencre au fil de ses séances.

Laza Blaškić est encore un peu difficile pour lui.

Zelhayn Xakiel reprenant une posture plus affirmée sur son fauteuil, Laza se concentre de nouveau sur lui. Lui adresse un nouveau léger sourire, l'invitant à l'interroger.
Il écarquille un peu les yeux en voyant ceux de son interlocuteur oculaire - se rougissant sensiblement, laissant deviner la matrice lactée cernant ses prunelles.
Le pilote se contrôle cependant. Il a en face de lui un lunarien, qu'il consulte en partie pour ses pouvoirs surhumains ; ces signes physiques sont sans doute preuve de leur utilisation, ou de la concentration de leur utilisateur pour les mettre à l'oeuvre.
Réconforté par ses propres pensées, Laza se détend de nouveau, échangeant un regard avec celui du docteur Xakiel. Faisant mine d'ignorer les imperceptibles tremblements de ses traits, l'écarquillement de ses paupières, une vague crispation de ses lèvres - avant d'être aidé, il tente de faciliter de son mieux le travail de préparation du docteur.

L'échange s'égrenne au fil des secondes, jusqu'à ce que le docteur Xakiel détacher légèrement sa focalisation de son patient, et qu'un léger sourire infléchisse ses lèvres.

" Vous paraissez libre. Il m’est bien rare de rencontrer des personnes capables de projeter cette image."

Le pilote adresse à cela un sourire contrit - il ne sait pas bien ce que le neurochirurgien a trouvé en lui qui l'amène à dire cela, comme lui-même n'a pas eu la sensation de faire quoi que ce soit.
Il observe poliment l'homme se repositionner sur son siège, tout en profitant de ce bref répit pour l'examiner plus avant - sa position, ses mains et ses traits.
Il semble plus décontracté. Laza espère que ce n'est pas tout ce à quoi il devait s'attendre en venant - ce serait le priver des longues conversations auxquelles il prend normalemen part avec son psychologue absent !
Zelhayn rouvre cependant les yeux et lui adresse un air affable.

" Passons. Je suis ravi de vous accueillir."



" Nous pouvons commencer par ces simples mots... Vous êtes une coquille vide.

Laza se gratte le menton, réfléchissant au terme utilisé. Il sourit subitement en coin, jetant un regard en biais à Zelhayn.

- Je me demande ce que vous pourrez faire remonter sur ce sujet au docteur Vasz. Erm... Vous avez forcément de bonnes raisons de poser la chose ainsi, cela dit. Si je dois monologuer sur le sujet...

Le cadre s'y prête, au moins, pense-t-il. Car il n'en parlerait pas aisément dans n'importe quel lieu fréquenté.
Non pas qu'il connaisse bien les points d'intérêts des lieux, cela dit. À courir sur toute la route comme il l'a fait...

- Une coquille vide.

Un réceptacle ? Quelque chose de creusé ? Un coeur pris, arraché de sa bogue noircie ? Les vestiges de la croissance d'une créature ?
La première impression du pilote est qu'il devra plutôt multiplier les séances que de s'en contenter de peu. Mais encore une fois, il n'est pas psychologue, ni neurochirurgien pour ce que la profession peut avoir en lien au sujet, ni même lunarien.

- Si je dois exprimer mon ressenti précis à l'énonciation de ces mots, je commencerais par être vexé.

Il mime une moue faussement blessée, teintée de sourire en coin.

- Une coquille vide, donc abandonnée de son contenu, n'est-ce pas ? Pourquoi je demande, c'est à moi de le déterminer... Mes excuses.
Zenon vous a probablement déjà parlé des raisons qui m'ont fait traverser la moitié de la Terre, et lors de mes premières visites à son cabinet, c'était cela avant tout qui m'y amenait. Parler de mon passé. Mais cela m'a permis de me rendre compte que si j'avais laissé une vie derrière moi à cette époque - celle ou j'ai migré jusqu'à Ys, en soi, ce n'était pas la fin de quoi que ce soit.
Euh... Je rapproche un peu cette expérience à celle des grandes migrations américaines. Je ne suis pas sûr que ce soit un pan de l'Histoire humaine que l'on étudie sur la Lune, mais ces migrations - elles étaient avant tout dues au malheur. C'est naturel de quitter un lieu qui nous blesse pour en chercher un autre.
Je ne pense pas que cette expérience m'ait gravé au point que j'aie un besoin de remplir ce que j'ai laissé sur mon chemin pour parvenir à... La vie que je mène désormais. Mais il me faut déterminer quelque chose de manquant quelque part, je pense...


Laza s'adosse à sa chaise, poussant sur ses talons jusqu'à surélever les pieds avant du meuble de quelques millimètres. Son regard se porte au plafond alors qu'il réfléchit aux autres expériences qui pourraient incarner ce qu'il tente de formuler.

- Zenon m'a quelquefois demandé pourquoi j'étais célibataire.

Léger rire. Zenon n'était pas le seul de ses connaissances à se poser cette question.

- Il est vrai que je me tiens éloigné des... Gens, dans l'absolu... Peut-être aussi un peu des évènements et de notre temps. Je n'y porte pas de haine particulière, rien à voir...

Il marque une hésitation, les lèvres encore entrouvertes. Les fermant, avant de reprendre.

- ... Quoique j'angoisse à l'idée de l'effet que je peux avoir sur eux. J'ai eu tendance à attirer l'attention sur moi jusqu'à maintenant, et - enfin - ça ne me déplaît pas, mais comme je ne maîtrise pas non plus l'effet que j'ai sur eux...

Soupir.

- Je ne veux pas impacter des vies dans le mauvais sens. Rencontrer quelques personnes, écrire ma musique dans mon coin, la jouer avec des amis dans des lieux discrets m'est suffisant.
Peut-être que l'image de la coquille vide s'attacherait plus alors aux graffitis qu'on trouverait à sa surface, alors. Ce n'est pas une réflexion complète, mais c'est intéressant !


En son for intérieur, Laza considère - non sans suffisance - l'idée de composer sur ce sujet.
Le rythme imprimé à la pointe de ses chaussures s'efface lorsqu'il se concentre de nouveau sur celui imposé par le docteur Xakiel.

- Mais en parlant de cela... Qu'est-ce qui est creux, qui brillerait par son absence...

Le musicien reste plusieurs secondes immobiles. Ses sourcils, froncés en une mine soucieuse, jettent une ombre diffuse sur son regard.

- Plutôt que du vide... Je suis assez divisé, depuis que je me suis installé à Ys. Ce qui doit se ressentir dans le reste de mon discours, mais - je fais difficilement la part entre mon personnage social et la personne que je suis. Ou pense être.
J'ai régulièrement le sentiment de ne pas être maître de mon destin. Je n'associe pas cela à de la superstition, je ne crois pas - mais les évènements tendent à m'entourer, à me faire me retrouver là où je ne le concevrais pourtant pas.
J'ai - traîné dans des affaires fumeuses quelquefois. Réglé des problèmes de manière trop personnelle, ou bien me suis impliqué dans ce qui n'avait aucun lien avec moi.


Mr Courcillier en tomberait de son fauteuil s'il savait. Les allées d'Ys ont plusieurs fois connu la couleur de son sang, malgré l'obscurité nocturne.

- Peut-être que je m'éparpille trop, que je me laisse faire. Ou que je m'éloigne du sujet - je n'ai pas la moindre idée de ce vous cherchez dans ce que je raconte, après tout.
... La casquette de neurochirurgien se marie-t-elle bien avec celle de psychologue ?
"

Laza lance un regard intéressé à son interlocuteur.

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Lun 23 Avr - 10:18
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Sujet: Re: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.
 
Plus de secrets que de faits, des cicatrices laissées par ses couteaux d’artiste méconnu. Des confidences parfois conduites par la douleur. Et un amas de dossiers, une trace de chaque passant, qui meublait les alentours d’une simple table accompagnée de deux fauteuils. La lumière caressait les fantômes imaginaires de son expérience. Les quelques coins d’obscurité abritaient les horreurs du métier.
Meublée d’informations, cette petite pièce enfermait des souffrances. Elle avait accueilli des misérables. Elle avait assemblé et assemblait encore une grande famille dispersée entre la Terre et la Lune. Des liens aussi fins et fragiles que des cheveux, qui perduraient grâce à leur faible visibilité, peut-être. Des liens qui poussaient comme des fleurs, délicates et charmantes, vêtues de leurs robes de frêles pétales balayées par le vent qu’étaient les cris brisés. Dans leur eau qu’était le sang, dans leur terre qu’était la chair. Dans l’engrais méphitique qu’était la détresse.
Les concernés n’en étaient probablement pas conscients. Le gardien de ce jardin l’était probablement trop.
Le rappel de ceux qu’il n’avait croisés qu’une ou deux fois se faisait plus lourd que les autres. Les bribes de ce qu’il n’apercevait plus maintenaient leur existence en s’affirmant auprès de ce qu’il apercevait encore. En fermant les yeux, Zelhayn voyait beaucoup plus souvent leurs visages blancs et effacés, ondulants dans leur vide. Il ne les connaissait plus, en les ayant un jour connus, mais ne voulait pas les oublier. Alors il conservait leurs noms et ce qu’ils lui avaient partagé.
Tel client arrivait en ravivant le souvenir d’un précédent. Parfois un sourire. Parfois un symptôme. Le neurochirurgien se demandait souvent si cette comparaison automatique se faisait coutume chez les médecins. Un « oui » ne l’aurait guère étonné et lui paraissait même évident. Il n’avait toutefois jamais pensé à demander.
Quoique dans son cas, au-delà d’un sourire ou d’un symptôme, il s’agissait des couleurs. Et, comme le regard de son cher monsieur Sandencre ne dévoilait rien, c’était sûrement ce qui l’avait conduit à de telles réflexions.
Ses yeux vides ne cessaient de l’intriguer. De l’entrain sans couleurs, un sourire sans couleurs, un rire sans couleurs, et pourtant d’apparence sincères en se filant au fur et à mesure de ses paroles. Laza différait des autres membres de cette immense famille, n’y avait pas encore perdu son sang et encore moins ébruité ses cris. Peut-être ne pouvait-il tout simplement pas y appartenir. Mais il était si proche du nœud de ces liens.
« … Mais il me faut déterminer quelque chose de manquant quelque part, je pense... »
Vous pensez ? Zelhayn plissa imperceptiblement les yeux en buvant ses paroles, satisfait. Il n’avait encore rien dit ; son client s’était dirigé seul.
Zelhayn adopta le silence et l’écouta avec toute l’attention dont il pouvait être capable. Hochant la tête par moment pour affirmer son ouïe. Souriant lorsqu’il riait. Et à la question qui clôtura ses dires, le neurochirurgien ne put que rire tendrement en secouant négativement la tête. « Ma foi, répondit-il d’un ton amusé, je doute qu’une âme puisse recevoir le même traitement que son réceptacle. Un patient lui-même se renfrognerait généralement à l’idée de réduire une blessure émotionnelle à un message nerveux comme un autre. » Le large étirement de ses lèvres rosées donna une étrange souplesse à son visage froid. Le regard qu’il posa sur son patient se fit gai. Une apparence rarement aussi détendue. « Ce serait comme manquer de considération à ce que nous ressentons, qui plus est à nos souffrances intérieures. ‘Voici le portrait chimique de votre cerveau lorsque vous êtes triste. Voyez-vous, ce n’est rien de grave. Juste un agencement de polarisations et de molécules.’ »
Toute l’angoisse de ses doutes s’était amoindrie en ayant écouté ses confidences, qui avaient coulé avec une facilité presque déconcertante. Il y avait certainement plus de raisons de se sentir à l’aise qu’angoissé aux côtés d’une personne qui nous ressemble, pensa-t-il.
« Certains arrivent à accepter l’idée que nous sommes tous faits de rien, humains comme lunariens, et je n’en fais certainement pas partie, bien que la routine m’en offre les preuves. Pour autant, en tant que chirurgien, ce n’est qu’au corps de la personne que je sais m’adresser. Pas à la personne elle-même. » Il joignit ses mains sur la surface lisse de la table. « Plus précis encore, en tant que neurochirurgien, je m’adresse au système complexe qui module la pensée et les émotions, plutôt qu’à la pensée et aux émotions elles-mêmes.
» Peut-être que les psychologues possèdent une ruse infaillible qui serait de donner l’impression à la personne de traiter ce qu’elle renferme quand on traite en réalité ce qu’elle est, de façon indirecte. Apprendre au cerveau à se maîtriser grâce à de la valeur factice qu’il obtient de croire qu’il est quelqu’un et non quelque chose. Ou peut-être que je me trompe tout bonnement – ce que j’espère, quelque part. Je n’en sais pas assez sur le domaine. Tout ce dont je puis être sûr, c’est que l’on nous a appris à comprendre, avec –disons- mes frères chirurgiens, ce que les psychologues ont appris à opérer… et que nous sommes indénombrables à s’accrocher à cette valeur précédemment énoncée malgré tout. »
Sur quoi il inspira longuement en se passant une main dans les cheveux. Ses yeux se détournèrent de Laza dans sa réflexion.
« Ces deux casquettes n’iraient ensemble qu’en sachant comment et quand aller d’une dimension à l’autre – le cas des neuropsychologues, sans doute, beaucoup plus… entortillé. Je suppose que c’est une des raisons pour lesquelles on consulte généralement séparément un neurochirurgien et un psychologue, le neurochirurgien pouvant être utile lorsqu’il s’agit d’analyser les émotions d’un point de vue… mécanique. Poser la question à Zenon serait intéressant. »
Ses yeux glissèrent du mur à sa veste, puis de sa veste au plafond, avant de se reposer sur son client. Son esprit avait quitté le sujet qu’avait induit cette question fortement inattendue avant-même de conclure ; Zelhayn songeait à ce qu’il devrait poser sur la table. Il prévoyait de garder subtils les objectifs de ces consultations afin de préserver la pureté de ses couleurs et établir son profil émotionnel avec le plus de précisions possibles, mais il n’avait finalement rien à collecter. Il ne pouvait pas se permettre de garder cet individu dans le flou alors que son regard était particulier, pour ne pas dire inquiétant.
Et, en toute vérité, Zelhayn n’avait pas le cœur à laisser un semblable dans l’ignorance. Il abaissa les paupières, laissa quelques secondes de silence, et commença calmement.
« Je n’ai aucune idée de la quantité d’informations que Zenon vous a laissées sur moi. Que pourrais-je souligner, hm… ah. Vous avez connaissance de l’existence des dons. » Ses émotions le trahirent. Lui qui pensait s’être débarrassé de ce remous sentit son cœur se serrer à nouveau. Les mots éveillaient facilement les sentiments. « Les yeux me parlent. Ils portent chacun un lot unique et changeant de couleurs qui en disent long sur les émotions de leurs porteurs - ce don peut s’avérer utile à la psychanalyse. Je n’ai pas encore suffisamment vécu pour être capable de tout déchiffrer, cela dit. Beaucoup de regards arrivent avec leurs wagons de mystères et leurs secrets. Le vôtre compris. Et particulièrement le vôtre, en toute franchise. »
Un faible sourire, se voulant rassurant, décora la suite.
« Vous êtes une coquille vide. Vos yeux ne portent rien, mon cher. Ils conservent cette jolie teinte grise. Et j’ai pourtant la certitude qu’il fut une époque où vos émotions étaient lisibles. Ce n’est pas un vide qui semble exister depuis votre naissance… » Son cœur se serra un peu plus. « … et encore moins un vide arrivé là par hasard. Croyez-le ou non, mais en vous observant, je sens qu’il manque quelque chose. Comme si cette chose avait été arrachée d’une manière ou d’une autre. Je me demandais si vous en étiez conscient. Ou, si, dans le cas contraire, vous auriez au moins le souvenir de ce qu’il se serait éventuellement produit, une sensation spécifique, un sentiment indésirable. Quelques éléments dans ce que vous m’apprenez s’y collent sans précision. »
Zelhayn mouilla légèrement ses lèvres en marquant un temps d’arrêt.
« En ce point, nous sommes similaires, » souffla-t-il, puis il poursuivit avec un peu plus de voix. « Je vous en parle parce que vous êtes en droit de le savoir. A vous de décider si vous souhaiteriez creuser cette étrangeté, avec moi ou qui que ce soit d’autre. Autrement, je ne vous suis plus d’aucune utilité, bien que je reste disponible. Je ne m’attendais pas à un tel blocage – et je pense que Zenon non plus. »

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Sujet: Re: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.


Armes des non-dit






Vide.

Une vague douleur aux pieds, se reposant de leur marche. En-dessous, la poussière lunaire se laisse déranger en crissant imperceptiblement - plus une sensation qu'un son.
Dehors, l'image fugitive d'un portail ouvragé, comme une réminiscence de portique parisien, gothique et floral ; la perception d'un pas, autre que le sien, et qui l'a fait se retenir de dévier encore de sa route.
Le spatioport envahi, empli de pas perdus que les siens fuient, pressés, non sans un vague regret. Malpertuis, le Malpertuis qu'il est n'a pas pour habitude de se hâter.
Laza revoit les vestes usées sous les combinaisons d'une propreté douteuses, patientant dans des pubs excentrés des mouvements de foule que le devoir les appelle, sous la forme d'une famille gênée d'avoir raté leur vol, d'un magnat cherchant un original pour l'emporter là où les navettes publiques ne se rendent pas, d'une star dans le besoin d'un vol plus discret. Puis la piste de décollage, l'agitation calculée des techniciens aux aguets, l'odeur d'azote s'écrasant sur les masques teintés et les lumières artificielles des vaisseaux happés par l'espace.
L'ampleur du vide spatial. La pureté des ces instants bruns, cramoisis, du glissement silencieux de la bulle de métal, sa bulle de métal ; dans un silence envahi par la musique.
L'ardeur et la douleur des cordes raides, le nylon grinçant en mélodies au travers d'amplis comme des murailles ouvertes ; la caféine, l'alcool, le tabac et l'adrénaline chantant tout autant que les musiciens empêtrés sur scène, dans leurs vieux fils désuets et leurs sons fragilement agencés ; pourtant assurés, doux, mélancoliques et agressifs. Le mouvement de la fumée, de l'obscurité ; clair-obscur à leur écoute, quelques têtes paraissant une foule, poignée de mètres carrés semblant si étouffants, et si immenses, royaume fantasmé.
Battements de paupières et de coeur, refroidissant aux confins d'une nuit que les gratte-ciels privent de Lune. Le sifflement éteint de la navette frôlant la surface de la Terre, hésitant à quitter le vide auquel elle est de nature rattachée ; l'invasion des sons disparates, des bruits de pas quittant la plateforme, des adieux et des retrouvailles, de la bise maritime.
L'appel de la mer. La douceur du sel. Le mouvement des vagues. L'aigreur de la rouille. Le gondolement de l'acier. Le chuintement de mécaniques, huilées et incomplètes ; et un dernier sourire pour l'accueillir.

Laza lève le regard, de nouveau sur Zelhayn Xakiel. Se demandant ce qui peut être vide en lui.
Une coquille, il peut l'admettre, et même se l'illustrer. Tout le monde porte des masques ; il ne refuse pas les siens, comme il les a gravés lui-même, avec passion et attention. Mais que manque-t-il derrière ceux-ci ?
Son présent n'est-il pas complet ?
Ou a-t-il toujours ignoré ce qu'il lui manquerait ? Quelque chose que seul un regard extraordinaire pourrait remarquer ?
Le pilote réfléchit aux sessions qu'il a pu avoir avec Zenon Vasz. Il ne semble pas qu'elles soulignent quelque chose d'absent ; mais plutôt un trop-plein, une pièce défectueuse. Un parasite.
De quoi se nourrit celui-ci ? Que remplace-t-il ?

" C'est un sujet difficile que celui que vous voulez que j'aborde, docteur Xakiel, soupire Laza avec un sourire nerveux. Car je vois bien ce qui pourrait provoquer... Un vide... Peut-être. Je n'ai pas grande connaissance de votre don, après tout - je n'en suis pas maître...

Ce sont des sujets que je n'aborde pas.
Ses lèvres esquissent le début d'un mouvement sans rien dire. Sans être capable de le dire.

- ... Ils sortent du cadre de la discussion et rejoignent plutôt la confession, avoue-t-il d'un ton timide. Ce n'est plus légal. En tout cas - c'est lié à la question.
J'ai du mal à visualiser mon présent comme arborant un vide, en vérité. Mon temps est plus occupé que ce que je peux lui accorder ; j'ai trouvé ceux qui m'apprécient pour ce que j'aime et ce que je suis, sans pour autant me couper du reste du monde. Je vis de passion. Je ne souffre pas de mon passé.

Tu le crois ?
Laza lève un sourcil, pour marquer sa réflexion.

- J'ai des pistes. Mais je dois réfléchir à ce que je peux vous en dire. Ce que je suis capable d'en dire, s'entend, ajoute-t-il en souriant légèrement ; je ne compte pas retenir des informations, mais il faut malgré tout que je me rende apte à les dévoiler. Comme j'admets que ce qui sera dit ici ne finira pas dans un dossier judiciaire... Enfin - je n'ai rien fait de si grave que cela vous donne envie de m'enfermer, hein !

Le pilote lève les mains devant lui, en riant affablement.

- J'ai fait des choses répréhensibles, mais je n'égorge pas d'enfants sur mes heures perdues.
Le fait de déjà en parler doit être signe que je ne m'en défends pas tant que je le pensais, en convient l'indépendant. J'espère que c'est prometteur pour la suite.


Il adresse un nouveau sourire contrit au neurochirurgien.

- Je m'excuse de ne pas pouvoir déjà approfondir la question. J'ai la sensation qu'elle vous tient à coeur. Je dois travailler un peu sur moi-même... Enfin, je dois en discuter avant d'être capable d'en parler, paradoxalement.

Un léger silence s'ensuit, paraissant soudainement très pesant au pilote.

- ... Nous n'avons pas du tout discuté de vos honoraires ni des heures et jours auxquels je pouvais repasser, ajoute-t-il d'une petite voix. Je suis très souvent sur la Lune, vos heures seront les miennes."


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Ven 4 Mai - 22:31
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Sujet: Re: Armes des non-dit. » ft. Malpertuis.
 
Se concentrer sur cette salle. Se concentrer sur les visages. Se concentrer sur leurs couleurs, sur la famille que tu as construite. Les couleurs, petit Wund. Noirceur, fatigue, secrets. Il tenta encore de trouver une nouvelle excuse pour se convaincre, mais il craquait.
Le tatouage à son dos se mit soudainement à le brûler. Des picotements vifs s’étalaient en vagues sur sa peau, longeant ses flans, son échine, puis le cercle qui abritait la pierre. Le phénix semblait prendre vie en puisant son énergie dans ses entrailles. L’aile qui reposait sur son épaule s’enflammait. Des cris parvinrent lointainement à son esprit ; au départ, ceux de l’oiseau légendaire, puis, peu à peu, ceux de quelques âmes égarées. Parmi ces voix, celles qu’abritait sa petite salle de consultation, celles qui revenaient des tables d’opération, le brouhaha des études.
La flamme du phénix consumait le fil de ses souvenirs jusqu’à rencontrer deux nœuds fatidiques. Loïtys et Kiela.
Se mordant la lèvre inférieure, le médecin se força à brouiller l’image de leurs visages. Ce n’était qu’une sensation induite par ses pensées. La manifestation imaginaire d’une douleur qu’il avait oubliée, ancrée dans sa peau par ce que signifiaient les courbes et les couleurs de ce dessin. Il se souvenait de l’aiguille qui traversait partiellement sa chair pour y marquer à jamais ce que lui-même ne voulait plus voir.
Le regard vide de Laza lui ramenait tellement de vieilles souffrances. Ses paroles le rendaient étrangement faible. Sa simple présence suffisait à l’ébranler, à fissurer toutes les barrières qu’il avait tant peiné à élever.
Zelhayn passa sa main droite dans la neige de ses cheveux, rassemblant quelques mèches qui retombèrent chichement sur le côté. Ses doigts profitèrent longuement de la douceur ainsi offerte avant de terminer leur course sur l’épaule opposée, qu’ils serrèrent faiblement, comme si la chaleur irréelle qu’émanait son encre les atteignait malgré sa chemise. Le tout sans perdre son allure. Sourire. Regard calme. Posture droite, jambes croisées, le visage légèrement penché exprimant son intérêt, la main libre quittant la surface lisse de la table pour rejoindre l’arc de sa cuisse. Et il oublia rapidement qu’intérieurement, il pleurait.
Il sentit le poids des mots de son patient. Il sentit son hésitation, son égarement, comme une compression. Il y avait tant à dire autour de cette table et si peu qu’ils étaient capables de dévoiler. "Je comprends", pensait-il. Mais il n’arrivait pas encore à parler.
Cette salle était son refuge, la poubelle où il se jetait ; il abandonnait tout de lui au seuil de la porte qui l’en séparait du monde. La moindre parcelle de ce qu’il était. La moindre goutte de ce qu’il pouvait être. Il n’était plus qu’une entité image de ce que l’on attendait d’un neurochirurgien – consultations, opérations, diagnostics, traitements, une oreille pour passer le temps – ou d’un individu gagnant sa vie. Personne ne s’y douterait de ses regrets, de ses pertes, de son propre vide. Personne n’en serait affecté. Et il aurait pu le détester pour avoir aussi facilement et inconsciemment brisé son cocon d’oubli. A la place de quoi il n’arrivait qu’à l’aimer.
Il l’écoutait parler, l’observait dans ses mimiques et se sentait coupable de ne pas être la bonne main à lui tendre. « Prenez votre temps, souffla-t-il d’une voix rassurante. Rien ne vous presse ni ne vous force à prendre cette décision. » Son sourire prit en tendresse. « Cette question me tient à cœur, c’est vrai. Mais l’intérêt personnel que j’obtiendrais en la traitant me sera minime. C’est pour vous que je l’ai posée. »
Quand Laza aurait quitté cette pièce, il gagnerait un mur, s’y collerait, s’y effondrerait sous la masse rappelée de ce tout ce qu’il se contentait jusque-là d’enfouir, puis se relèverait et réfléchirait à ce qu’il ferait parvenir à Zenon : qu’il ne serait pas encore trop tard pour comprendre et peut-être l’aider - "Contrairement à moi, ajouterait-il. Arrive un certain point où l’on ne se soucie plus de ce que l’on subit. Il n’en est pas encore à là. Et je n’ai pas confiance en ce vide, Zenon."
« Quant à mes "honoraires"… je les refuserai, tout simplement. Vous n’êtes pas là pour voir un neurochirurgien, dans les faits. »
Cependant, Laza était encore assis en face de lui. Et lui s’engouffrait dans l’incertitude où Laza le plongeait. Zelhayn avait jusque-là accepté qu’il ramasserait les morceaux des autres, à défaut de pouvoir rassembler les siens ; son existence ne tenait plus à ses propres fils, le temps s’étalait devant lui en le menaçant de le désagréger s’il s’attardait sur chaque détail. Face à Laza, une telle acceptation sonnait comme une trahison, parce que vous êtes semblables.
Ne le trahis pas comme on t’a trahi.
Ne l’abandonne pas comme on t’a abandonné.
Sois là pour lui, même s’il n’a pas besoin de toi, même si tu ne le reverras probablement pas.

« Pour l’instant, je vous propose de ne fixer qu’une rencontre à la fois. Modifier les dates en sera facilité et il vous sera ainsi possible d’accorder plus ou moins de temps à vos réflexions. Je vous demanderai toutefois de me prévenir la veille au plus tard, ajouta-t-il en riant doucement. Sur quoi, nous pourrons nous revoir dans exactement… » Il tira rapidement quelques papiers de son tiroir. « … huit jours, à la même heure, si cela vous convient. »
Laissant ce qu’il avait sorti sur la table, il reposa ses yeux blancs sur le visage de son patient. Il prit quelques courtes secondes à l’observer avant de poursuivre.
« Si votre quotidien vous convient, ce sujet devrait rester un souci secondaire tant que Zenon est absent. Libre à vous d’y réfléchir et de décider de ce que vous en ferez, mais modérez de sorte à ce que cela ne déteigne pas sur votre vie active. Je ne suis pas psychologue et encore moins le vôtre, je ne saurai qu’être présent si ce sujet vous oppresse. J’ai d’ailleurs certainement mal fait de vous en parler aujourd’hui… » Il se pinça brièvement les lèvres. « Mais ce qui est fait est fait. » Battement de cils. « Ne venez me voir que si vous en avez envie. Que ce soit pour discuter ou pour que je vous assiste, ma porte vous reste ouverte. »
Sur quoi Zelhayn quitta lourdement son siège et s’en alla récupérer la boîte de ses lentilles dans la poche de sa veste suspendue. Son attention se riva sur le rouge et le bleu vif de ces voiles. Après tout cela, il avait péniblement l’impression que ces deux couleurs ne portaient plus vraiment d’importance. Il comptait les enfiler et se retrouva bêtement debout, un sourire idiot imprimé sur ses lèvres.
« … Ah, » souffla-t-il. Il serra un peu plus la boîte. Il n’avait pas à céder. Ce serait bientôt fini, pensait-il ; Laza partirait bientôt et ne verrait pas cette facette futile. « Vous paraissez vraiment libre, » ajouta-t-il avec plus de voix. Son autre main vint maintenir celle qui tenait la boite, tremblante.
Il réalisa comme cela faisait bien longtemps qu’il n’avait plus de bras dans lesquels se réfugier.

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