MOONLIGHTS
RPG Science-Fiction / Fantastique. Avatars illustrés. Tous âges et niveaux. Pas de minimum de mots.
2107. Terriens et Lunariens vivent dans la paix, sous le signe du partage et de l’évolution. Grâce à la lumière lunaire et aux sélénites, les humains commencent à développer les mêmes pouvoirs que leurs cousins. Pour la première fois cette année, après un siècle et demi d’histoire complexe entre la Terre et la Lune, le tirage au sort a désigné un Lunarien pour prendre la tête du Conseil de la Fédération Terrienne. La nouvelle est clivante : si certains y voient une belle progression à l’avenir, d’autres redoutent les contestations ou même des luttes de pouvoirs en ces temps troublés. Sous Terre aussi, chez les Endogées, les opposés s’affrontent, entre régression et idéalisme. Alors que chacun essaie d'avoir sa part du gâteau, votre aventure commence ici : qui serez vous ?

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Profitons du clair de Terre.
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Ven 22 Sep - 12:14
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.


Tant que le présent est.


" Apprendre à les apprécier... Tsk-"

Son collègue est, à bien des égards, adorable dans sa manière de réfléchir et réagir. Se trouver de la sympathie pour un animal mal aimé comme le kaerdol tient après tout d'une image de l'altruisme, pour les nombreux qui supportent difficilement les cris et le côté parasitaire de ces... Sous-lapins. Le terme venant à l'esprit du scientifique un peu par hasard et lui tirant un petit sourire en coin.
Cependant, Zenon ne tient guère rigueur aux kaerdols pour être faibles et dépendants des autres ; la nature les a forgés dans leur impuissance à faire face aux évènements seuls, et les humains sont passés par un chemin assez ressemblant. Ni leurs cris tristes, ni leur air efflanqué ne le gêne ; ce serait craindre les araignées pour leur air menaçant plus que par un instinct ancestral de conservation.
De plus, il ne supporte pas bien mieux la mignardise, et celle de son camarade généticien ne l'affecte pas - pas dans le bon sens.

" Le kaerdol n'est pas un problème, Konstantin. C'est ce qu'il représente pour toi. Car c'est un peu toi, à tes yeux. N'est-ce pas ?
Maladroit, solitaire et défaitiste ; cherchant son image dans les autres, à défaut de se sentir à la hauteur de leurs différences. Quand je t'observe avec cette peluche larmoyante entre les mains, tout ce que je vois de grand en toi, c'est ta taille.


Le docteur se rend compte qu'il penche irrémédiablement sur une voie qui blessera son compagnon de route.
Son sourire a d'ailleurs quitté son visage. Inversé sur une grimace. Dépassée l'exaspération ; ses dents n'en grinceraient pas.
Que lui arrive-t-il ?

- Un kaerdol ne fait rien de mal à rechercher de la compagnie. Celui-ci - son monde culmine au-dessus de sa tête à plusieurs fois sa hauteur, et il foule un territoire ennemi et mortel pour lui. C'est dans sa nature que d'être une proie facile ; l'affection, l'attachement qu'il peut faire naître est une clé nécessaire à sa survie. C'est un animal, n'est-ce pas ? Il est naturellement compétent dans son domaine, comme ce piège-kaerdol dans ma poche est compétent pour effrayer les éventuels agresseurs.
Mais en faisant part de la pure biologie, un être humain est différent d'un animal. Tu l'es. En tant qu'humains, en tant que lunariens, nous sommes fondamentalement incapables de tout, et la seule chose qui nous est acquise, c'est d'apprendre ; de faire des choix et des efforts.

Ce que je n'aime pas, c'est ta résolution à te réfugier dans ce que tu crois qui t'es acquis. La maladresse, la solitude, et le défaitisme. J'hésite à penser que tu n'es pas né avec toutes tes connaissances scientifiques, comme ce kaerdol est né avec son excellent sens de l'ouïe pour repérer un animal suffisamment gros pour ne pas représenter de danger ici, en connaissant la faune locale. Mais tu les a acquises par l'expérience, n'est-ce pas ?
... Nous sommes si prompts à nous rabaisser...


Le docteur soupire. Sa rage soutenue, changée en eau immobile.

- Nous sommes si prompts à voir le mal. Mécanisme de survie, que de retenir ce qui nous blesse... Et auquel il manque la volonté de contrecarrer, transformer ces souvenirs.
Des jeunes gens enchâssés entre le jugement de leurs proches et la peur de leur avenir, des adultes errant entre les deux extrémités d'une vie dont ils n'arrivent plus à repousser les limites, des vieillards piégés dans leurs souvenirs et craignant de ne plus avoir de temps à consacrer à leur futur... Il y en a, partout et toujours ; ils forment les fondements de nos sociétés, le socle commun ; la majorité. Parce que nous sommes intrinsèquement attirés par la crainte de la défaite, et l'espoir n'existe que dans l'ombre de son existence. Nous vivons essentiellement en fuyant le désespoir qui nous forge, en tentant de l'orner de moments de bonheur qui s'effacent.
Mais nous ne sommes pas des animaux pour autant, inconscients de leur malheur et de leur destin. Nous avons le droit de choisir et d'essayer ; d'apprendre à vivre, ou survivre, que ce soit avec nos tares ou pour les contrer. Nous sommes seuls à apposer un jugement aux choses, à sélectionner les défauts et les qualités ; et nous sommes seuls à choisir ce qui est bon et ce qui nous fait mal. Mais ces choix, nous pouvons les faire par nous-mêmes.


Les bras de Zenon Vasz, raides et immobiles, laissent jouer les manches de son manteau sur ses poignets. Sans son sourire, les mains anormalement figées et tachées de terre sombre, il ressemble au vieillard dont il a le corps.

- Tu peux garder ton kaerdol, Konstantin. Je ne t'en empêche pas ; je ne comptais simplement pas t'aider non plus, car je ne supporte pas tes "si" et tes conditionnels t'évitant d'arrêter tes choix. Un jour, je ne serais plus là pour te donner des directions et des instructions ; et le jour où tu retourneras vraisemblablement officier dans une université prestigieuse dans le rôle d'un professeur bafouillant sur des mots qui ne sont pas les siens, tentant de masquer les efforts et l'expérience personnelle qu'il pourrait insuffler à des étudiants brailleurs et dispersés, est bien plus proche que tu ne sembles le croire. Mais je comprends qu'il faille te montrer les instructions avant de te jeter dans la mer et espérer que tu nages ; je n'ai jamais été très pédagogique.
D'ailleurs, ajoute le vieillard dans un ricanement bref, tant qu'à verser dans la mièvrerie, et si ça peut te donner l'impression d'être moins seul, je t'apprécie, Kons ; je t'aime, pour toutes tes qualités que tu ignores sciemment. J'espère qu'en gardant ce kaerdol, tu finiras un jour par l'aimer pour son identité de lapin triste, et pas pour t'aimer toi-même.
Il ne faut pas chérir ce que l'on considère comme ses défauts ; c'est... Contre-productif. Mais surtout suicidaire.
Voici un second émetteur. Second, parce que je n'en ai que deux.


Le docteur tend une main devant son collègue, l'interdisant de prendre immédiatement l'anneau métallique.

- Mais il ne t'es pas dû. Si tu le veux, tu devras faire ton propre choix, et celui-ci dépendra de nos hôtes, à l'ermitage qui nous attend à une bonne journée de marche, et que nous devrions atteindre dans la matinée de demain. J'aimerais y être ce soir dans la nuit ; le challenge te plaît-il ?

Agitant ses jambes pour les réchauffer, son sourire habituel renouvelé, Zenon montre à Konstantin la bague d'acier dans la paume de sa main, d'un air légèrement joueur.

- Mph, Zelhayn va m'assassiner sur place lorsque je lui raconterais notre épopée. Il me faut un peu d'exercice physique pour oublier de réfléchir. Parlons en marchant, désormais !"

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Dim 14 Jan - 18:37
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.

Zenon & Konstantin

Profitons du clair de Terre

J’ai l’esprit un peu ailleurs- un peu perdu- quand je comprends enfin que Zenon n’en a pas fini avec moi. Ou plutôt, il n’avait même pas encore commencé.
Je ne l’ai pas compris au début, encore trop occupé à apprivoisé la bestiole, et pas tout à fait dans l’ambiance « prise de conscience » forcée. Je fronce les sourcils, et me retourne vers lui, pris d’un élan éphémère et déterminé, pendant une courte demi-seconde à lui faire face.

-C’est faux…

Pourtant, ce quelconque courage pourtant bien banal s’évapore vite, et je me retrouve à ma place habituelle, voire même quelques crans en bas. Un peu triste vu que je n’ai jamais volé bien haut. Malgré mon mutisme, j’écoute avec trop d’attention tout ce que Zenon peut dire, et je finis par baisser les yeux, pas vraiment fier de moi.

Dans ma tête défile quelques phrases plus ou moins bien trouvées que j’aurais pu rétorquer. Quelques phrases pour lui dire d’aller gentiment voire ailleurs et de me laisser tranquille. Quelques phrases pour simplement lui dire que je me fichais de ce qu’il pensait, et que je voulais juste avoir un animal de compagnie au laboratoire. Ce serait mentir, évidemment. Dieu sait pertinemment que ce genre de remarques me forcent à faire face à mes faiblesses comme un réel poids, comme quelque chose de néfaste, et non pas comme une partie évidente de ma personnalité contre laquelle je reste impuissant. Même si ça m’a toujours plutôt arrangé.
Zenon se calme, mais continue sa tirade, fort de mon impuissance. J’ai l’impression de revoir mon père et ses longs discours, exaspéré par mon incapacité à prendre des décisions et à m’affirmer. Il se disait que ça changerait bien avec l’âge ; je me disais la même chose. Une fois adulte, j’ai cessé de subir de genre de sermon. Non pas parce que je me suis amélioré comme j’aimais le croire, mais probablement car la lassitude a touché mon père.

J’aurais aimé ne pas autant le décevoir de ce côté … Et j’aimerais ben ne pas décevoir Zenon. Non-Je n’aimerais pas me décevoir encore.

Machinalement, j’essaie d’attirer mon esprit sur autre chose, et les légers pincements du Kaerdol sur mes doigts me rappelle l’objet de cette discorde. Je le regarde, l’air aussi triste que lui, alors qu’il semble toujours aussi intéressé par mes mains. Je me libère alors de sa violente emprise, et glisse mes doigts dans sa fourrure, le caressant doucement pour oublier la piètre situation dans laquelle je me trouve.

Et pourtant … Et pourtant, ça me m’empêche pas de trembler. Je le sens bien, je le vois bien- mon lapin aussi, et je suis sûr que Zenon le vois aussi. Incapable de bouger, tremblant, je n’ose même pas relever les yeux. Il continue ses reproches, les mêmes reproches que l’on m’a toujours faits, les mêmes reproches que je me suis toujours faits.

On approche de la conclusion, je relève vainement les yeux vers Zenon, toujours un peu fuyant, pas vraiment capable de le regarder en face. Il me lance l’inéluctable réalité qui m’attend si je ne cesse mes enfantillages ; je frémis légèrement, conscient qu’il n’exagère rien.

Je tends la main vers l’émetteur, et me ravise immédiatement quand il me l’interdit, humilié une dernière fois, serrant les dents pour contenir la honte. Son challenge n’est pas irréalisable- il n’est même pas spécialement injuste, mais il sait que cela me pousse à bout aussi bien mentalement que physiquement. Vexé, j’hausse les épaules.

-Comme vous voulez.

Un murmure à peine audible qui semble me demander tous les efforts du monde. Zenon sait que j’accepte, que je n’ai pas vraiment le choix. Je ne dis toujours rien, et nous repartons rapidement en route. Je ne peux m’empêcher d’avoir envie de lui demander qui est ce Zelhayn, et pourquoi diantre aurait-il envie de lui conter ses aventures et mes mésaventures, mais je n’ai aucune envie de parler, et décide de garder cette question pour plus tard.

En économisant mon souffle, le chemin paraîtra peut-être moins long.

-

Ou pas. Je n’ai même plus le cœur à me plaindre. De toute façon, les pensées qui ont occupées mon esprit me faisait si mal … Mentalement que j’en oubliais mes pieds. Pourquoi a-t-il fallu qu’on court ? Je n’ai jamais tenu plus de dix minutes … Et encore, je devais être sacrément en forme ce jour-là.

Evidemment, j’ai craqué. Je n’ai rien dit, mais je me suis arrêté, au bord de l’agonie. Je n’y peux rien, et ça me désole un peu de ne pas réussir à tenir aussi longtemps que lui. Je songe à m’excuser mais je doute qu’il apprécie. Alors qu’on s’arrête et s’assoit sur un rocher, j’essaie désespérément de reprendre mon souffle. Il me faut bien plusieurs minutes avant que ma respiration reprenne sa vitesse habituelle. Zenon semble aller… Sacrément mieux. Il ne dit rien, et moi non plus, toujours dans une phase de récupération relative.

Levant les yeux vers le ciel, je finis par lui glisser quelques mots plutôt insignifiant, juste pour rétablir un dialogue moins … Corrosif.

-I-il commence à faire nuit.

Je guette au loin l’ombre d’une habitation – d’un complexe- de quoique ce soit d’inhabituel dans ce décor verdoyant. Sans être sûr, je crois distinguer un point sombre, plus très loin d’ici. Je me retourne vers Zenon, les joues encore rouges de notre course effrénée.

-C’est ici … ?

Je n’ai pas spécialement envie de courir encore, ni même de perdre ce challenge. Je crois que j’ai assez souffert pour aujourd’hui.

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Lun 15 Jan - 21:24
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.


Profitons du clair de Terre.


   La fine atmosphère lunarienne miroite au passage du soleil se couchant sous son horizon, tirant avec lui les rares couleurs du ciel sellénite. Une nuit noire précède effectivement les deux voyageurs.
Assis sur des basaltes affleurant des longues pousses sauvages les entourant, ceux-ci reprennent leur souffle, tentant de capturer l'oxygène raréfié afin de contenter des poumons épuisés par leur course.
Enfin... Course. Sprint. Marche rapide. Sprint. UN rythme irrégulier que Zenon a imposé à son collègue sans grand ménagement ; mais avec un résultat escompté. Le vieil ermitage pointe ses vieilles murailles écroulées à quelques degrés du soleil rougeoyant.
La fatigue n'a pas épargné le vieux scientifique, bien qu'elle ait surtout frappé le plus jeune et moins sportif Konstantin droit dans l'abdomen, à constater la difficulté avec laquelle il tenait bien droit sur ses pieds douloureux. Au moins a-t-elle éreinté l'agacement du savant, qui observe le Kaerdol prendre connaissance des environs de la besace dans laquelle il est désormais installé.
   Un kaerdol... Konstantin donne bien de l'importance à cet être errant. Il en aurait aussi sans doute pour n'importe quelle créature qu'ils croiseraient...
Sortant le gros insectoïde de sa poche, Zenon remarque que celui-ci semble s'être plongé dans un sommeil comateux, probablement pour limiter sa consommation d'oxygène et résister aux températures plus froides de la nuit - et de lieux éloignés de son nid d'origine.
Comment cette bestiole-ci s'adapte-t-elle au changement de son environnement ? Les années ont vu les piège-kaerdols migrer vers les agricultures attirant leurs proies, des insectes souvent plus gros qu'eux. Mais les besoins des agriculteurs, même lunariens, ne peuvent laisser leurs champs être envahis de gros nuisibles dévorant des pieds entiers ; les gros insectes sont tenus à l'écart.
Les piège-kaerdols se rabattent alors sur les plus petites proies. Chassant la vermine, les fermiers les apprécient et les conservent. Mais les gros pièges guerriers, comme celui-ci, n'ont plus de danger desquels protéger leur petite communauté ; et c'est leur nombre qui diminue finalement.

   Zenon fourre l'animal roulé en boule dans sa poche. Le cycle de la vie n'a pas à être critiqué.
Konstantin semble avoir repris du poil de la bête. Il marmonne quelques mots - sur un ton contrit - en cherchant à distinguer la forme particulière de l'ermitage. Son vieux compagnon de route sourit, se lève.

"Nous arrivons à l'heure, Konstantin. Comme quoi - tout effort apporte son lot de succès.
Comme nous sommes désormais assez proches, tu vas pouvoir souffler sur le dernier petit kilomètre. Nous n'allons pas débarquer devant nos hôtes en sprintant !
"

Le professeur rit bas, énigmatiquement. Oh, pas que le mystère ne survive encore longtemps.

   ~

   L'ermitage n'est plus un ermitage depuis quelques décennies.
Ses parois grises se sont effondrées sous leur propre poids, les planchers sont rongés et rognés sur toute leur épaisseur, laissant entrevoir un étage encore plus délabré ; de l'antique charpente, il ne reste qu'un vestige, une petite tour ronde et rebondie surprenament entretenue dans un coin d'une étroite cour ayant depuis fusionné avec l'extérieur, au travers de murets enfoncés sous les hautes herbes ayant investi le sable qui régnait avant eux, crignotant même lentement les larges dalles grises menant à un parterre central - plus une fleur terrienne n'y élit domicile, désormais.
Il n'y a pas de portes à pousser, aussi Zenon invite Konstantin du geste à découvrir les lieux.
   Ses habitants aussi les observent.
Des momotaks - une poignée à peine, dispersés parmi les contreforts, se laissent timidement distinguer par les visiteurs, conservant une distance plus que respectueuse. Aux dernières couleurs fanées du soleil couchant, leurs pelages bruns et gris deviennent noirs, les changeant en fragiles arches parmi les pierres dressées qu'ils ont conquises.

   Konstantin semble pétrifié. Son vieux guide le laisse à sa contemplation, montant lentement les marches de pierre d'un escalier attenant, jusqu'à rejoindre un segment de l'étage renforcé par des étais - et supportant un bureau, un tabouret et une paire de grosses jumelles électroniques.
Zenon prend place sur le tabouret, tournant lentement sur lui-même en attendant que son collègue le rejoigne. Il lui fait signe du plus grand silence alors que celui-ci monte les escaliers patinés à son tour.

   Un momotak fripé et pouilleux, immobile dans un coin sombre du long corridor qu'occupent les deux randonneurs, semble à la fois dormir et les surveiller. Le plancher l'entourant semble vouloir céder au moindre de ses mouvements ; une mince brume de bois en retombe extraordinairement lentement, comme s'apaisant à l'interruption des pas l'ayant dérangée.

"Faisons attention à ne pas déranger nos hôtes, mmh ?"

Zenon sourit au généticien, lui tendant en même temps les lourdes jumelles. Au loin, le soleil ne se laisse plus deviner que par son pâle halo ; les hautes herbes semblent se partager en une voie, que des ombres empruntent.

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Dim 4 Mar - 0:14
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.

Zenon & Konstantin

Profitons du clair de Terre

Malgré un rythme de course bien plus lent, le dernier kilomètre avait des allures de torture. Chaque pas me faisait amèrement regretter mes années d’inactivité et de sédentarité. Il n’est pas trop tard pour se mettre à une vie saine et active, mais n’y a-t-il pas une manière plus douce ? Je n’ai pas très envie de me confronter à nouveau à Zenon pour le contredire ceci-dit, mais je me dis que j’aurais peut-être dû le faire plutôt.

Au final, plus nous nous approchons de notre objectif, plus mes peurs et craintes se confirment. Voir un bâtiment tout à fait en ruine m’arrache cependant une expression de surprise. Ce n’est en rien étonnant de la part de Vasz, mais j’avais aimé espérer trouver un lit douillet et confortable pour m’échapper le temps d’une nuit de ce calvaire –quelque peu plaisant par moment- qui absorbe toute mon énergie, mentale comme physique. Je dois bien admettre que si ces ruines n’étaient qu’une partie du décor et pas notre hôtel, l’apprécier aurait été très facile : l’endroit est évidemment magnifique, et j’ai toujours apprécier ce genre d’esthétique.

Je fais prudemment quelques pas à l’intérieur… Enfin, si on peut encore y voir un extérieur et un intérieur. Je prie pour que le sol reste solide, mais mes craintes se dissipent rapidement quand je comprends que nous ne sommes pas seuls.

C’est un regard stupéfait mais très intéressé que je pose sur les Momotaks présents. Quelques-uns seulement, mais c’est suffisamment rare pour être déjà un exploit. Je décide d’être silencieux et discret, plus que d’habitude. Ces animaux sont si craintifs, ce serait triste de les voir fuir. Attraper et apprivoiser un Kaerdol est une chose à la portée de quiconque sait faire preuve de douceur et d’un minimum de patience. Approcher un Momotak relève du miracle.

Pris dans mes observations quelques minutes, je ne remarque même pas la disparition à l’étage de Zenon, mais je le rejoins rapidement d’un pas léger. J’attrape les jumelles qu’il me tend sans prendre le temps de répondre à sa remarque- du bruit inutile. Le spectacle est plutôt magnifique, je dois bien l’avouer, et je reste quelques longues minutes à l’observer sans dire quoi que ce ne soit ni même prêter attention à mon compagnon de route.

Au bout d’un –long- moment, je finis par les reposer doucement sur le bureau, les yeux grands ouverts d’admiration.

La fatigue se fait ressentir, aussi, et je me surprends à presque vouloir aller voir le pauvre Momotak dans son coin. Il ne semble plus tout jeune, et porte des marques distinctes que seul l’âge peut procurer. Il ne semble pas dormir ceci-dit, mais guetter le moindre de nos mouvements suspects. Il me suffirait de m’approcher un peu trop près pour que l’animal s’enfuit…
Au final, j’abandonnais ce combat de regard pour me reconcentrer sur Zenon qui s’occupait probablement à sa manière.

-On commence à s’installer ? J’ai sérieusement besoin de repos.

Le simple ton de voix plus effacé qu’à l’habitude témoignait de la véracité de mes dires.

-

La nuit était complètement tombée, et c’est assis en tailleur, occupé à grignoter un morceau de pain avec du fromage qu’on me retrouve. J’ai certes déjà mangé des repas plus … Gastronomique, mais celui-ci a un goût de soulagement et de victoire assez agréable. Je mets un petit peu de pain de côté pour nourrir mon nouveau compagnon, et celui-ci s’en délecte sans plus attendre. Il devait avoir aussi faim que nous deux.

L’ambiance est relativement silencieuse depuis notre accrochage. Je ne dis pas grand-chose, et lui non plus. Je reste toujours émotionnellement engourdi, mais je reste toujours enthousiaste à l’idée de bavarder un peu, même avec un Zenon détestant la parlotte inutile.

-C’est frustrant, d’être entouré de Momotak. Une si belle bestiole et je ne peux même pas aller en adopter deux ou trois sans risquer leur fuite.

Je finis mon espèce de sandwich fromager rapidement et m’allonge sur mon sac de couchage pour observer le ciel- et commencer à me reposer.

-J’ai toujours du mal à saisir vos idées derrière ce voyage. Pas que je m’en plaigne … Enfin, si, je m’en plains, je déteste marcher, je déteste courir, j’ai mal partout et je sens que vous allez avoir envie de partir le plus tôt possible demain matin et que j’aurais des courbatures atroces.
Mais je concède qu’il y a beaucoup de chose à voir, que l’endroit est intéressant, et que la faune est toujours aussi mignonne.


Et si Zenon était juste tout aussi enthousiaste que moi à l’idée de partager ses découvertes ? Si ça se trouve, il tenait simplement à me montrer le lieu.

-Néanmoins … Ce n’est pas vraiment ce que j’attendais, en acceptant de venir travailler avec vous. Enfin, qu’est-ce que j’attends de vous désormais ….

Je baille malgré moi. Ce qui, à la même occasion, attire le Kaerdol qui vient se réfugier près de moi.

-… M’sieur, vous m’aiderez à lui trouver un nom ?

Sarcasme bien entendu, quoique je ne refuserais pas son aide non plus. Je lutte en attendant ses réponses et ses remarques, et si je tiens jusqu’à la fin de la discussion, c’est à peine quelques minutes après le retour du silence que je ferme les yeux et tombe dans un sommeil des plus profonds.

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Dim 11 Mar - 20:21
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.


Profitons du clair de Terre.


Le reste des provisions des voyageurs est étalé entre eux, butin aussi maigre que l'atmosphère des lieux.
Un peu de fromage et du pain, des barres énergisantes, un pamplemousse, de la macédoine dans un récipient en plastique, un sandwich conservé par Zenon pour ce repas nocturne, et un flan soigneusement emballé dans une boîte plate. Flan patissier, exceptionnellement ; une gelée n'aurait bien sûr par supporté la marche. C'est de toute façon sans importance : le vieux scientifique est friand des deux.
Il regrette un peu que le caramel s'y marie moins, tout en mâchant son sandwich ramolli.
L'étage délabré des ruines qu'ils colonisent le temps d'une nuit est plongé dans une pénombre brumeuse de lumière stellaire, peinant à rivaliser avec le profond silence qui baigne l'écart entre les anciens murs de pierre. À une distance respectueuse, le vieux momotak fait semblant de dormir ; son attention imperceptible est tournée vers les étrangers, comme à chaque visite du scientifique. Le fait qu'il soit accompagné doit probablement l'inquiéter... Ou cela attise-t-il sa curiosité ? L'animal est-il heureux de voir un autre humain que ce vieillard aussi érodé que lui ?
Celui-ci hausse les épaules à cette pensée. Il n'est guère capable de deviner le déroulement de pensée d'un momotak - ses larges connaissances ne peuvent franchir l'écart entre leurs fonctionnements de réflexions.
En face de lui, Konstantin Kamil semble vouloir à la fois observer le vieux momotak et lui témoigner un pudique respect. Le jeune homme, d'un habituel appétit léger, semble se trouver une nouvelle faim après son éreintante journée.

" C’est frustrant, d’être entouré de Momotak. Une si belle bestiole et je ne peux même pas aller en adopter deux ou trois sans risquer leur fuite.

Cette remarque, au lieu de déplaire au chercheur, le fait sourire. L'anticipation, assurément.

- Les momotaks illustrent bien que tout n'est pas aux Hommes. Moi non plus, je ne peux les cerner entièrement. Ça leur donne leur charme, n'est-ce pas ?

Il finit son frugal repas en jetant un regard par un brèche du mur, entrapercevant le jardin et les arches en ruines qui formaient auparavant le périmètre de la propriété. Les momotaks regroupés parmi les roches s'agitent paisiblement, en un ballet lent et incompréhensible. Que viennent-ils faire ici, parmi ces basaltes levés de mains d'Hommes ?

Les deux randonneurs déplient leurs sacs de couchage, se préparant à les investir. Le jeune généticien, exténué, se couche rapidement ; son acolyte crayonne encore dans son carnet de notes, assis en tailleur sur son duvet.

-J’ai toujours du mal à saisir vos idées derrière ce voyage.

Le docteur lève les yeux vers son compagnon de route. Celui-ci a le regard porté vers les étoiles, ses lunettes posées sur son sac.

- Pas que je m’en plaigne... Enfin, si, je m’en plains, je déteste marcher, je déteste courir, j’ai mal partout et je sens que vous allez avoir envie de partir le plus tôt possible demain matin et que j’aurais des courbatures atroces.

L'interpellé sourit en coin. Leurs provisions les empêchent de toute façon de perdre beaucoup de temps.

- Mais je concède qu’il y a beaucoup de chose à voir, que l’endroit est intéressant, et que la faune est toujours aussi mignonne.

Le docteur retourne à ses notes.

- C'est tout ce qui a attisé ta curiosité sur le chemin, pour l'instant ? J'espérais que nos dons respectifs t'avaient plus marqués.

Il fait signe au jeune chercheur qu'il se moque de lui, sans arriver à se départir de son demi-sourire.

- Je ne t'ai pas expliqué grand chose sur notre voyage, c'est vrai. En vérité, le temps nous presse, ce pourquoi nous courons plus que nous en profitons, mais...

Le vieux randonneur jette un regard en biais à son compagnon de route de derrière son masque de fer.

- Euh... Je ne m'attendais pas forcément à ce que tu sois si peu sportif. Enfin - tu as montré que tu avais les ressources pour te surpasser. Tu sous-estimes l'énergie dont tu peux faire preuve !

Il rit doucement, pour lui-même.

-Néanmoins... Ce n’est pas vraiment ce que j’attendais, en acceptant de venir travailler avec vous. Enfin, qu’est-ce que j’attends de vous désormais...

Tu n'attendais pas des courbatures, des courses contre la montre, des plongées dans l'inconnu ? Pense Zenon, sans le dire.
C'est pourtant plus ou moins ce qu'il attend de son collègue. Moins physique qu'une marche forcée en environnement faible en oxygène, cela dit.
Il se contente de répondre d'un ton neutre.

- Je ne sais pas si tu t'attendais à quelque chose de précis en acceptant de travailler avec moi. Mais je pense que tes voeux vont être exaucés.
Nous devons terminer cette randonnée avant, voilà tout.


Konstantin émet un baîllement, et le vieux scientifique retourne à ses notes.
Le froid s'installe progressivement autour d'eux, comme cherchant à figer l'air. Les étoiles semblent observer au travers de cet écrin, glaciales et presque immobiles sans l'épaisse atmosphère terrienne pour émettre de confus clins d'oeil.
Le docteur serre plus fort son stylo entre ses doigts. Comptant le temps et les distances... Satisfait qu'elles soient correctes. La présence de Konstantin les ralentit peu, et ils arriveront rapidement en vue des crêtes du monde lunaire acceptablement vivable pour eux.

- M’sieur, vous m’aiderez à lui trouver un nom ?

Zenon lève les sourcils. Le kaerdol de Konstantin s'est roulé contre lui, recherchant sa chaleur. Le jeune homme lui-même tourne en partie le dos au physicien qui lui sert de guide ; ses paroles en prennent un parfum de prudence.
De moquerie ?
Kons a-t-il encore en tête les mots durs qui lui ont été adressés ?
Zenon réprime un grognement. Bien sûr qu'ils lui collent à l'esprit, il n'est pas lui. Pas insensible.

- T'aider ? Je l'aurais déjà appelé Caroll. Ou Charles, tiens.

Un sourire hante ses lèvres, alors que ses paroles mènent ailleurs ses pensées.

- Un bon nom pour un kaerdol emporté dans notre course, non ? C'est à toi de le mener là où nous allons, mais... Il pourra se vanter d'avoir bien plus voyagé que les malheureux dépendants d'animaux sédentaires comme les momotaks, les autarches ou - heh - les humains, n'est-ce pas !
Cela ne t'excite-t-il pas de pouvoir un jour raconter à ton père et ton frère ces négligeables exploits que tu vis en ce moment ?... Approcher de si près une harde de momotaks, explorer les ruines de la colonisation humaine, partir en expédition jusqu'aux limites de la face cachée de la Lune, d'une certaine manière... Et tu n'as pas encore vu les pentes des cratères hérissées de murdenkos tapageurs, les nadayos les plus téméraires cachés sous les roches affleurantes, l'horizon embrasé du soleil sur les vertèbres des mers lunaires !...


S'interrompant, le docteur jette un oeil dans la direction des sacs de couchage. Son public, fatigué par sa longue journée, dort à poings fermés - sourd à son excitation.
Souriant, le vieillard se lève lentement, silencieusement, avant de pousser du pied le flan intact dans son récipient vers son collègue, puis de descendre discrètement les marches de pierre. Serrant sa blouse blanche et sa veste contre lui.

~

Le soleil annonce l'arrivée de l'aube, chassant à grand peine le froid nocturne en infiltrant les crevasses et crevées de l'ermitage.
Zenon ausculte le vieux momotak. Celui-ci, immobile, semble tendre toute son attention sur l'étranger surveillant l'état de son pelage, ses articulations et ses sabots.

- Tu sais, Kons, lance par-dessus son épaule le scientifique joyeux, le passage ne nous est pas gratuit. Ces momotaks sont ici chez eux, et le droit de dormir à l'abri du vent, j'ai dû le négocier avec cette vieille bête.
Je fais cette randonnée quelques fois chaque année, et comme un jour je tombais sur ces ruines décrépies, je décidai de les investir. Comme tout bon conquistador, mmh ? Les lieux étaient toujours déserts, donc j'y ai planté quelques-unes de mes affaires, ainsi que deux ou trois fruits exotiques... Pour les lieux, s'entend.


Derrière lui, le vieux randonneur entend du mouvement. Il pointe du doigt son sac, un peu plus rempli que la veille - ce qui ressemble à des pommes de terre, une courgette et d'autres mets terriens. Et qui sont ce qu'ils semblent être.

- Je voyais bien que mon jardinet était saccagé chaque année, mais j'espérais justement prendre les malfaiteurs en flagrant délit. Ils ne s'éloignent en fait jamais beaucoup des lieux.
Je ne sais pas si c'est parce que cette carne qui me lorgne de travers refuse de les quitter, ou bien si quelque chose d'autre les attire, ou les rattache ici... Peut-être la curiosité, après tout. Enfin... Tout est-il que désormais, je lui dois un droit de passage, à lui.
Il prévient les autres de nos intentions.


Le docteur marque un silence. Il échange un long regard avec la bête qu'il a soigneusement ausculté. Sans réaction de sa part.

- Je ne sais pas si c'est comme un sacrifice de sa part, ou bien un geste de toute sa horde que de le laisser mourir là où il le souhaite. Ni si c'est de la confiance qu'ils accordent aux humains pour espérer maintenir en vie leur meneur, ou bien une punition pour celui-ci... En tout cas, le partage du jardin est clair : ils ne me laissent des provisions qu'aux périodes où je passe habituellement. Le reste du temps, ils chapardent tout, ce qui est sans doute un luxe pour des animaux lunariens que de pouvoir croquer dans de la matière alien ainsi.

Se relevant, Zenon époussette ses genoux tachés de terre, et rejoint Konstantin pour ranger ses affaires.

- J'aime bien les momotaks, ils me donnent quantités d'occasions de dire les mots "je ne sais pas". C'est aussi pour cela que je reviens régulièrement !

Derrière les deux hommes, le momotak reste immobile dans le coin de la pièce, ses flancs trahissant à peine sa respiration.

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Ven 30 Mar - 22:24
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.

Zenon & Konstantin

Profitons du clair de Terre

La conversation avec Zenon finit par ne se faire que dans un sens. Mes réponses se limites à de bref oui, non, peut-être, un bâillement, et plus rien. Le sommeil me fut fatal, et j’avais très clairement besoin de récupérer de cette longue –et terrible- journée. J’ai fait le nécessaire pour retenir le maximum d’information cependant. J’ai comme l’impression qu’elles pourraient me servir. On n’est jamais trop prudent avec Zenon.

Et la nuit fut courte … Je n’ai aucune idée de combien de temps je me suis reposé, mais quelques heures supplémentaires n’auraient pas été de refus. Difficile de dormir encore ceci-dit quand Zenon vous tire hors de votre couchette de bonne heure que vos yeux refusent d’ignorer la lumière du soleil après ça. Je suis sûr qu’il m’aurait laissé pourrir seul ici si je ne m’étais pas levé.

Le réveil me tira hors de mes habitudes. Pas de douche, pas de confort, et je me rends compte que je n’ai rien prévu pour me raser ? Je suppose que je vais survivre ceci dit. De toute façon, j’oublie rapidement mes commodités et me focalise immédiatement sur l’étonnante scène qui se déroule sous mes yeux. Voir Zenon pouvoir approcher –toucher- un Momotak m’emplit certes d’admiration, mais d’une certaine jalousie. Ce n’est pas juste. C’est même la pire des injustices. Rangeant ma petite rancœur, je m’approche prudemment de l’original duo, et je laisse Zenon à ses explications, lâchant un petit soupire tout aussi triste et jaloux que mes précédentes réflexions.

J’hoche la tête à ses remarques sans dire de mot. Je n’ai pas grand-chose à dire, à par regretter amèrement de ne pas être beaucoup sorti de chez moi. Ma prudence si protectrice a finalement des relents amers devant le peu que j’ai vécu face à Zenon, qui est certes plus vieux que moi … Mais je n’ai plus vingt ans non plus. Cette excuse a des limites. Je ne suis pas tout de suite Zenon pour reprendre mes affaires, et reste près de la vieille bestiole immobile dans son coin. Je ne me prononcerais pas d’une manière précipitée, mais l’animal semblait en mauvais état en tout point. Je m’étonne d’ailleurs qu’il ne réagit pas plus que ça à ma présence alors que je suis un parfait étranger pour lui. Je ne suis pas invasif, mais j’essaie d’en savoir plus.

-M’sieur ? Vous êtes toujours là ?

Je baisse les yeux sur le Momotak qui me fixe d’un air à la fois terrorisé et curieux.

-Il …. Ne peut plus bouger. J’imagine que c’est à cause de son âge, il a l’air bien vieux. Ses muscles ne répondent pas. Je me demandais bien pourquoi il réagissait si peu à notre présence. Je veux bien admettre qu’il vous reconnait maintenant, mais il n’avait aucune raison de me faire confiance. Bien sûr, s’il n’est pas capable de se déplacer … Il est bien obligé de me faire face.

Doucement, je continue mon inspection, prenant garde à ne pas trop déranger le Momotak qui continuait de me fixer avec crainte. J’essayais de le rassurer du mieux que je pouvais, mais je doute que cela ait fonctionné, ne serait-ce qu’un petit peu.

-… Il va mourir, non ?

Conclusion fatale. C’était plutôt évident. Des signes qui ne trompent pas. Je ne suis certes pas vétérinaire lunaire, mais mes connaissances scientifiques étaient largement suffisantes pour saisir la situation.

-Il ne lui reste pas longtemps à vivre, Concluais-je avec une voix presque éteinte, évidemment touché par le décès proche du Momotak. Devant l’absence de Zenon, je remonte rapidement pour lui tenir compagnie et ranger mes affaires. Lui a déjà presque fini quand j’arrive, et semble prêt à repartir. Sans rajouter un mot, je refais mes affaires, fais preuve de quelques hésitations, mais ose finalement aborder le sujet plus en profondeur ?


-Je sais que vous êtes plus au courant de la situation que moi, que vous avez ce que vous faites, et que je vous ennuie probablement avec mes élucubrations et mes niaiseries, mais il va bientôt mourir. Ne pourrait-on pas, je ne sais pas, rester un peu avec lui ? Ou repasser plus tard, quand on rebroussera chemin ….
Ça ne tiendrait qu’à moi, on l’embarquerait. Mais je doute vous en avez envie, et que ce soit même possible. Il ne doit pas aimer être déplacer dans un autre lieu et son état lui interdit de toute façon. Mais avouez qu’il est triste de le laisser dans un tel état, non ?


Finalement, je finis par m’en rendre compte, ou du moins, de remarque quelque chose d’étrange, de perturbant.

-Vous… Vous deviez bien le savoir, non ? Vous étiez en train de l’ausculter, vous avez forcément vu qu’il était très âgé et que ses jours étaient comptés. Pourquoi le soigner comme vous l’avez fait ? Ça ne changera rien …

Je soupire, perdu dans mes pensées, et hésitant à aller explorer celles de Zenon, sachant pertinemment qu’il le saurait et que je n’encaisserais pas bien le coup. Je murmure sans regarder mon interlocuteur.

-Je ne vous comprends pas.

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Dim 15 Avr - 22:19
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Sujet: Re: Profitons du clair de Terre.




Les bagages des deux randonneurs alourdis de quelques provisions fraîches s'adossent les uns aux autres, aux pieds de Zenon Vasz jetant un dernier long regard au travers de ses jumelles au paysage lunaire.
Les Momotaks trahissent à peine leur présence au loin, jouant parmi les roches affleurantes. Le scientifique sourit, couvrant soigneusement les lentilles de son lourd outil d'observation en sachant qu'il le retrouvera ici même dans quelques mois - le temps d'effectuer de nouveau ce voyage devenu presque habituel.
Des claquements sourds sur les marches de pierre annoncent le retour de Konstantin, et Zenon lui sourit joyeusement en empoignant son sac à dos. L'heure est à repartir, comme ils ont tous deux encore beaucoup à voir sur le reste du trajet.

" Nous en avons fini avec ces momotaks, semble-t-il ? Mais je te promets d'autres surprises sur le reste de notre route. Qui sera sans doute moins éprouvante, qui plus est !"

Il descend les escaliers d'un pas léger, reposant les lunettes sur la table où elles les attendaient la veille. En attendant que son collègue le rejoigne, il jette un regard au vieil animal couché sur le flanc, observant sa respiration. Puis adresse un sourire à Konstantin descendant les marches de basalte, et l'enjoignant d'un geste à le rejoindre à l'extérieur.

La question du temps sur la Lune ne se pose qu'exceptionnellement rarement, ce qui aux yeux masqués du scientifique est autant une aubaine qu'une déception. Ne pas s'inquiéter à avoir à marcher plusieurs heures sous la pluie ou en craignant un orage est avantageux, mais cette nuit éternelle juste laiteuse en journée n'offre guère d'exercice au regard ; tout comme finalement les plaines herbues que leurs pas vont encore longtemps fouler.
Mais ce paysage permet au vieillard de se reposer. Il lui vient juste à l'esprit que les forces de Kons sont tout autant à ménager, désormais - encore plus avec la raréfaction de l'oxygène.
Ils reprennent leur marche en direction des crêtes d'un cratère désormais plus si lointain, sans que le savant ne prenne conscience d'une timide peine chez son compagnon.
Les gens ne veulent pas forcément parler de leurs problèmes, et Zenon ne se considère pas comme une connaissance suffisamment intime de Konstantin pour lui forcer la main. Il fait mine d'ignorer son dos un peu voûté, sa démarche un peu raide, son visage un peu fermé.

Quelques dizaines de mètres, seulement.

"Je sais que vous êtes plus au courant de la situation que moi, que vous savez ce que vous faites, et que je vous ennuie probablement avec mes élucubrations et mes niaiseries, mais il va bientôt mourir.

Zenon s'apprête à réprimer un coup d'oeil vexé en direction de son compagnon de route, sachant désormais bien que ce genre de début de phrases signifie de sa part qu'il veut approcher un sujet qu'il a du mal à exprimer ; mais la fin de cette élocution lui fait lever un sourcil.

- Ne pourrait-on pas, je ne sais pas, rester un peu avec lui ? Ou repasser plus tard, quand on rebroussera chemin...

Rebrousser chemin, pour le momotak ?
Mourant ?
N'est-il pas ici chaque fois que le vieux scientifique vient, depuis quelques... Années ?

Le généticien se cogne presque à son collègue plus âgé, son regard confus rivé sur ses pieds ne l'ayant pas préparé à la brusque immobilité de Zenon Vasz. Qui le dévisage d'un air interdit. L'interrogation dans le regard du frêle scientifique déconcerte d'autant plus son doyen.

- Vous... Vous deviez bien le savoir, non ? Vous étiez en train de l’ausculter, vous avez forcément vu qu’il était très âgé et que ses jours étaient comptés.
Pourquoi le soigner comme vous l’avez fait ? Ça ne changera rien...


Ses jours ne sont pas comptés s'ils s'égrennent ainsi depuis si longtemps.
Ces jours identiques, il les compte donc depuis si longtemps.
Quelque chose clignote au fond de la pensée de Vasz - une probabilité, un concept qui comme la face cachée de la Lune, rompt le disque des possibilités en une sphère. Ou plus exactement, donne à cette sphère, longue arborescence des possibles, une dimension cachée ; interne.

- Je ne vous comprends pas"

Le scientifique tourne les talons, retournant à pas pressés vers le vieux bâtiment en ruines qu'il vient de quitter.

À quel point son subconscient influe sur ce qu'il croyait être une série de potentialités exactes, inertes ?
Depuis quand ?
Comment ?
L'éventualité de son propre vieillissement est quelque chose qu'il pense avoir avéré, et préparé, longtemps à l'avance. Il ne s'autodétruit pas si drastiquement ; Zelhayn et son expérience en auraient ressenti les prémices. Quelle manie, alors, se serait imprimée si naturellement en lui pour qu'il en vienne à ignorer, déformer ce qu'il pensait être la réalité ?
Ce momotak est-il mourant ? Depuis combien de temps est-il mourant ? Et pourquoi est-il en vie ? Zenon a confiance en les observations de son collègue ; ce n'est que par pur esprit d'analyse et de vérification qu'il rebrousse chemin, manquant de tomber dans les escaliers inégaux, afin de retourner aux côtés de la bête malade.
Pouls, température, réflexes musculaires et oculaires, raideur articulatoire, santé de la peau et du pelage. Rien ne va. Le momotak bouge à peine alors que le chercheur l'ausculte, l'observant d'un oeil épuisé.
Les traces de différentes pîqures se remarquent encore, et les artères sont anormalement gonflées. L'activité cardiaque de l'animal est élevée, surtout par rapport à son état.
Souffre-t-il ? Qu'a pu lui administrer Vasz, en suivant simplement un schéma qu'il jugeait idéal, sans penser au schéma lui-même ?

Agenouillé devant le momotak à l'agonie, le vieux scientifique jure intérieurement. Jamais ne s'était-il senti, jugé d'une telle passivité d'esprit. Jamais n'avait-il envisagé que les pensées qui le menaient partout, au long du fil d'un rasoir le menaçant constamment, pouvaient ainsi l'avoir adopté - comme une entité à part entière ; comme si elles ne lui appartenaient pas.
Son masque de fer tremble, entre ses mains ; son regard plongé dans celui du momotak, il reste paralysé - mentalement. Que faire s'il ne peut se croire ? Qui, qu'est-ce qui peut juger de la sanité de ses pensées, de ses solutions, de ses actions, en cet instant où il ne croit plus la moindre des probabilités, le moindre des futurs qui défilent devant son regard.

Pourquoi embrasser la vérité, l'idéal, s'ils mènent à un mauvais destin ?
Cette créature aurait dû connaître la paix depuis longtemps. Mais le vieillard, antipathique, dénué d'empathie, n'aurait su envisager la mort comme un plus doux repos pour une bête sauvage. Le peut-il, désormais ? Qu'est-ce qui le prouve ? Qu'y a-t-il de mieux à couper court à toute possiblité, à mettre fin à tous ses futurs ?
Ne disait-il pas à Konstantin Kamil, quelques jours plus tôt, que son don ne se répercutait que difficilement sur d'autres que lui ?

Ses sens éternellement en alerte ressente le pas hésitant du généticien approchant, le rejoignant près du momotak apeuré. Zenon Vasz est indécis.
Décontenancé.
Consterné. Horrifié.

Il tourne le visage vers Konstantin, mais pas le regard.

"Konstantin. Doit-il mourir ?"

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